Les îles du Bas-Saint-Laurent

Le Québec côté mer

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Dans le Bas-Saint-Laurent, alors que le fleuve amorce sa transformation en mer, une poignée d’îlots sauvages se laissent accoster avec le respect dû aux sanctuaires naturels les plus précieux. Ils paraissent dénudés et esseulés, ils foisonnent au contraire de vie.

Placées depuis une trentaine d’années sous la protection de la société Duvetnor, ces îles enclavées dans le parc marin Saguenay-Saint-Laurent éveillent immanquablement l’imaginaire quand on les contemple depuis la rive. Leurs noms sont déjà un voyage en soi : l’archipel Les Pélerins – cinq îles massives en apparence dénudées –, les Îles du Pot à l’Eau-de-Vie – trois îles dont une pourvue d’un phare – et l’île aux Lièvres, longue de quelque 13 km... Si l’on excepte les gardiens de phare et quelques colons hardis, elles n’ont jamais vraiment été habitées et sont restées un abri de choix pour d’importantes colonies d’oiseaux marins et de nombreux phoques.
Elles constituent également un secteur privilégié pour l’observation de mammifères marins tels que les bélugas. En faut-il plus pour se rendre à la pointe de Rivière-du-Loup et quitter la terre ferme pour une excursion dans un monde à la fois si proche et si lointain ?

Phare du Pot à l'Eau-de-Vie
© Michel Julien


PARADIS AVIAIRE
Plusieurs types d’excursions sont offerts par la Société Duvetnor à bord de bateaux sécuritaires et confortables. Impossible de bronzer idiot : un guide-interprète commente les observations faites en mer, que l’on croise oiseaux ou mammifères marins. On a tout de même hâte de poser le pied sur l’une de ces perles solitaires du Saint- Laurent.
Seules l’île du Pot du Phare et l’Île aux Lièvres sont ouvertes au public, mais ce n’est qu’une fois la nidification des oiseaux terminée que vous pourrez les explorer dans leur totalité. Aussi certains tronçons balisés ne sont-ils accessibles qu’après les premiers jours de juillet, tandis que d’autres secteurs particulièrement fragiles demeurent interdits en permanence. Les oiseaux sont ici chez eux et les espèces à observer innombrables. Cormoran à aigrettes, grand héron, bihoreau à couronne noire, eider à duvet, petit pingouin, guillemot à miroir et goélands nichent partout, à peine troublés par les échoueries de phoques !



GARDIEN DE PHARE OU UN ROBINSON?

Le soin avec lequel est gérée la fréquentation humaine des îles ne limite en rien la chance d’y passer une journée passionnante. Et plus si affinités, puisqu’il est possible, de fin mai à début octobre, de séjourner sur les deux îles : dix-neuf sites de camping sauvage, six chambres en auberge, plusieurs maisonnettes et trois chambres au phare de l’Île au Pot. Ce dernier est un petit bijou de patrimoine maritime. Abandonné en 1964, un peu plus d’un siècle après sa mise en service, il a été restauré en 1989 et classé au patrimoine fédéral. Les chambres sont décorées à la manière d’antan et vous vous surprendrez vite à scruter l’horizon le gardien du phare le faisait. Le reste de l’île est à découvrir en empruntant des sentiers encaissés débouchant sur des petites anses secrètes chargées d’histoire de naufrages et de contrebande. Pour d’infinies explorations à la manière d’un Robinson, optez pour l’Île aux Lièvres qui compte pas moins de 45 km de sentiers de randonnée s’adressant à tous les niveaux. De belvédères naturels en grèves désertes bordées d’églantiers, de forêts naines en plages interminables, ce grand réseau arpente des paysages aussi beaux qu’inattendus. Reste à se décider entre l’hébergement tout confort à l’auberge et le camping en pleine nature, histoire de prolonger la robinsonnade sur ces petites merveilles insulaires du Saint-Laurent.






Le phare du Pot à L’Eau-de-Vie, un hébergement insolite pour vivre pleinement la sérénité des lieux.



Un autre tourisme avec Duvetnor

La Société Duvetnor Ltée est une corporation privée sans but lucratif fondée en 1979 par une poignée de biologistes décidés à protéger les richesses naturelles des îles du Bas-Saint-Laurent. Dix ans plus tard, elle décide d’ouvrir certaines des îles dont elle s’est rendue propriétaire au public et met en place une infrastructure d’accueil, un programme d’interprétation, des sites de camping, plusieurs maisonnettes, achète des bateaux pour le transport des visiteurs et entreprend de rénover le phare du Pot à l’Eau-de-Vie pour le convertir en lieu d’hébergement. Duvetnor est une figure de proue de la protection de l’environnement
au Québec, ayant été une des premières à militer pour le développement d’une norme de qualité en écotourisme. Le principe de cette norme? L’entreprise doit respecter le milieu naturel qu’elle met en valeur et donner à ses visiteurs une interprétation de qualité.
Il suffisait d’y penser.
duvetnor.com

SILENCE ET VOLUPTÉ SUR L’ÎLE VERTE
Recouvert de brume, cuivré par un soleil couchant ou battu par les vents, le phare de l’île Verte fascine. Il promet d’agréables nuits, quelle que soit la saison. En été, par exemple, on y accède facilement du quai, situé à deux kilomètres de là. Ce site enchanteur se dévoile après une dernière courbe sur un chemin de terre cahoteux qui
donne un aperçu de la rusticité ambiante. La pupille collée à la toiture rouge de ses maisons, on trépigne à l’idée d’aller se blottir dans les bras de ce patrimoine national, contraint à la retraite en 1972. Du haut de ses deux siècles, et même un peu plus (il a été achevé en 1809, ce qui en fait le doyen du Saint-Laurent), on s’émerveille du fleuve, en particulier au crépuscule. L’histoire de ce lieu emblématique de la région du Bas-Saint-Laurent se révèle dans deux petites cabanes attenantes. La maison du gardien et de l’assistant gardien sont devenues des demeures coquettes et chaleureuses, après avoir subi une cure de jouvence en 2009. Les petits-déjeuners y sont copieux et conviviaux, et deux cuisines permettent d’allier la tranquillité à l’autonomie. Inutile de dire que le silence est d’or dans cette auberge d’une vingtaine de places (neuf chambres), qui a obtenu le coup de cœur du jury aux Grands prix du tourisme québécois 2013. On quitte cet endroit hors du temps avec du plomb dans les semelles
et la tête gorgée de sensations chamarrées. Un bonheur sans rature, que le louvoiement d’une meute de phoques au loin vient parfois décupler... *
www.ileverte-tourisme.com
Consulter la fiche de la Maison du Phare de l'Île Verte


©Patrick Matte

©Patrick Matte



©Cynthia Cloutier



5 AUTRES PERLES DANS LE BAS DU FLEUVE:

L'Île aux Fraises

Propriété du Service canadien de la faune (SCF), l’île aux Fraises est située au sud-ouest de l’Île aux Lièvres, en plein milieu du fleuve, à 6 km des Pèlerins.


Les Îles du Bic

Elles ne sont pas pour rien dans le charme fou du Parc national du Bic, même si elles n’en font pas toutes partie. D’ouest en est, nous trouvons l’île du Bic (14 km2), la minuscule île Bicquette, son vieux phare et son importante colonie d’eiders à duvet, l’île Brûlée, l’île aux Amours, l’île au Massacre puis, en face de la ville de Rimouski, l’île Saint-Barnabé (longue de 5,5 km) ainsi que l’îlet Canuel.

En kayak de mer dans le parc national du Bic. 
© Marc Loiselle / Le Québec Maritime



L'archipel de Kamouraska

Cinq petites îles forment l’archipel de Kamouraska, face au beau village éponyme. Ce sont l’île aux Corneilles, l’île de la Providence, l’île Brûlée, l’île aux Patins et la Grosse-Île.
                                                                                  © Marc Loiselle / Le Québec Maritime


L'Île aux pommes

Cette toute petite île appartenant à Gaston Déry a été désignée comme zone pour la conservation des oiseaux. Elle abrite notamment l’eider à duvet.


L'Îles aux basques

Face à Trois-Pistoles, elle doit son nom aux pêcheurs basques qui venaient y chasser la baleine en particulier.


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Article co-rédigé par David Lang et *Olivier Pierson
Consulter le blog d'Olivier Pierson