Le Huard

Un magnifique fantôme boréal

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Si l’oiseau sait se faire entendre, il ne se laisse pas impunément approcher. Gavia immer, de son nom binominal, se mérite. Et il aura fallu toute l’expérience, la ruse et la détermination du naturaliste Benjamin Dy pour l’observer chez lui, dans son milieu naturel. Il quitte sa cache d’observation pour nous livrer le récit de sa dernière rencontre avec le plongeon huard.

Pas un bruit, pas un souffle. Allongé sous ma tente après 60 kilomètres de pistes forestières, je savoure le silence et le calme qui règnent sur les rives d’un immense lac au coeur du Bas-Saint-Laurent. La nuit est d’encre et le ciel dégagé à en voir scintiller les étoiles. Le sommet des épinettes est figé dans l’air cristallin de cette fin de mois d’août. Je sursaute lorsque la paix ambiante est soudainement percée d’un puissant cri qui résonne loin dans la vallée. Un fantôme boréal me sort de ma torpeur et son long rire plaintif me glace le sang. Je prends conscience de l’espace autour de moi et de ma solitude. 10 ans que j’observe cette espèce emblématique des espaces nord-américains, toujours cette même sensation étrange. L’instant d’après, je me réinstalle plutôt réjoui et enthousiaste pour le lendemain, car c’est précisément lui que je cherche.


LE TEMPS SUSPENDU DE LA RENCONTRE
Avant l’aube, je me glisse jusqu’au thorax dans un bras d’eau qui fait une jonction entre deux lacs, dissimulé sous une petite bâche de camouflage. J’espère qu’ici, le couple de plongeons huards à collier qui a élu domicile pour l’été dans ce magnifique coin sauvage des Appalaches va venir pêcher. Les premiers rayons du soleil s’élèvent derrière les monts et transpercent la brume matinale qui s’échappe en volutes ascendantes sous l’effet de leur progressif réchauffement. Dans cette lueur féerique du matin dont seules les Appalaches ont le secret, une ombre glisse sur l’eau et se dirige droit vers moi. La silhouette et l’élégance si caractéristiques des plongeons, ne laissent aucun doute sur son identité. Le noir métallique de sa tête et de ses ailes contraste tant avec le blanc de son ventre avant de se mêler en élégantes zébrures sur ses flancs et son dos. En plongeant à travers l’objectif dans son oeil rouge-brun aux éclats de rubis, je me rappelle immédiatement le cri strident de la nuit dernière. Devant son puissant bec en poignard, je retiens mon souffle et lui cède sagement le passage. Ne craignez pas de le confondre avec un canard, l’oiseau peut mesurer jusqu’à 90 cm de longueur, 1,50 mètre d’envergure et peser plus de 6 kg ! C’est un poids lourd très bien armé pour braver les profondeurs et traquer les poissons pouvant atteindre 30 cm.

Source: bit.ly/HuardSépaq


SA LÉGENDE N’EST PLUS À FAIRE
Pour continuer de lui rendre mystère, le huard est l’espèce qui, de l’ensemble de la famille des plongeons, gagne le moins souvent l’intérieur des terres. Hors période de nidification, il vit généralement sur les eaux marines. Au cours de cette période, son observation est possible dans la zone continentale du monde circumpolaire comme au Groenland, en Alaska et dans le nord des États-Unis, en Islande et bien sûr au Canada, qui abrite 94 % de la population mondiale et où il figure symboliquement sur les pièces d’un dollar. Oiseau officiel de l’Ontario et du Minnesota, on le retrouve aussi dans bien des légendes amérindiennes qui prêtent à ses cris singuliers l’annonce d’une pluie prochaine. L’oiseau frappe donc l’imaginaire des hommes depuis longtemps. Son charisme incarne à lui seul la beauté et la sérénité des grands lacs isolés des forêts du Québec. Il est tout simplement unique et les nuits boréales ne seraient plus tout à fait les mêmes sans sa présence et ses manifestations kafkaïennes.

Biologie
• Reproduction : juin.
• Nombre d’oeufs : 2 dans un nid fait de végétation à même le sol.
• Incubation : 26 à 31 jours.
• Jeunes : nidifuges, ils suivent immédiatement leurs parents à l’eau. Ils volent environ 12 semaines plus tard.
• Longévité : entre 15 et 30 ans.
• Plongée : jusqu’à 70 mètres de profondeur.
• Envol : la masse corporelle importante des plongeons huards ne leur permet pas de décoller instantanément.
Ils s’élancent d’abord en courant sur l’eau face au vent parfois sur plusieurs centaines de mètres avant de s’élever dans les airs.

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