Le fou de Bassan

Un oiseau phare du littoral gaspésien

Picture medium

En arrivant sur la pointe orientale de la Gaspésie par la route 132, les Appalaches s’ouvrent soudainement et la vue porte très loin sur l’océan. Le mois de mai marque ici le retour des lumières printanières et de leurs chatoyants reflets sur les eaux nouvellement libérées des glaces. À cette même période, 120 000 fous de Bassan reviennent se reproduire sur l’île Bonaventure : la plus grande colonie de ces oiseaux pélagiques au monde.

Chaque soir, le fond des anses de la péninsule devient la scène d’un fantastique ballet aérien, qui représente assurément un des spectacles les plus captivants de la côte sauvage gaspésienne.
Des centaines d’oiseaux se rassemblent ici en de longues processions qui s’abattent vertigineusement vers la surface des eaux. S’élançant des airs à une vitesse pouvant atteindre 110 km/h, ils parviennent ainsi aux bancs de poissons jusqu’à 15 ou 20 mètres de profondeur.

Les premiers pêcheurs qui les observèrent leur attribuèrent le nom de « Fou », car lors de ces pêches, ils n’observaient jamais les oiseaux remonter avec leurs prises dans le bec. Il s’avère en effet qu’ils les avalent toujours sous l’eau au cours de la remontée. Dans ce contexte, ces marins se demandaient très certainement à quoi servait un tel déploiement d’acrobaties aériennes pour si peu de chose…
En réalité, le fou de Bassan est un pêcheur remarquable qui peut rester immergé jusqu’à 20 secondes à la recherche de maquereau, hareng, capelan ou lançon.

Remarquable pêcheur, le fou de Bassan pique des plongeons
spectaculaires qui lui ont valu sa dénomination 

©Benjamin Dy

Sa morphologie est parfaitement adaptée à ces pêches et plongeons à grande vitesse. Des compartiments d’airs situés sous sa peau permettent de lui protéger la tête et le poitrail lors de l’impact.

DECOUVRIR
Le parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé est ouvert de fin mai à mi-octobre. De nombreux entrepreneurs locaux proposent des traversées vers l’île
et la découverte de ses côtes en petit bateau à partir de Percé, situé juste en face sur le continent à environ 2 km. La société des établissements du plein air du Québec (Sépaq), chargée de la gestion du parc national, offre également différentes activités de découvertes.
Plus d’informations : www.sepaq.com/pq/bon/
BIOLOGIE
Famille : Sulidés.
Nom scientifique : Morus bassanu.
Longévité : 16 à 20 ans.
Maturité sexuelle : 5 à 6 ans.
Envergure : 165 à 180 cm.
Masse : entre 2.8 et 3,2 kg
Caractéristiques : corps blanc écarlate et bouts des ailes noirs. Cou jaune pâle, yeux bleu clair cerclés de gris. Bec gris bleuté très clair en forme de poignard souligné de fines lignes noires se prolongeant en un masque noir autour des yeux. Pattes courtes palmées verdâtres.



AU BOUT DE LA TERRE, DES OISEAUX ET UNE ÎLE
Classé parmi les douze meilleurs sites d’observation ornithologique en Amérique du Nord, le parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé n’a pourtant pas toujours connu cette abondance d’oiseaux sur ses falaises et son plateau.
En 1883, l’île ne comptait en effet que 3 000 fous de Bassan que les habitants chassaient pour se nourrir. Depuis que l’île est un refuge ornithologique, la population s’est rapidement accrue au rythme de 3 % tous les ans.
Cependant, depuis quelques années, la population s’est mise à décliner pour des raisons inconnues. Certains évoquent l’impact des accidents de déversements pétroliers dans le golfe du Mexique sur les juvéniles, d’autres s’intéressent à l’augmentation de la température des eaux de surface l’été dans le golfe du qui aurait une influence sur la distribution de la faune qui y vit.
Ainsi, certaines espèces de poissons qui recherchent l’eau froide vivent désormais à des profondeurs inatteignables pour l’oiseau qui a par conséquent plus de difficultés à se nourrir et à assurer la survie de sa progéniture.


UNIS POUR LA VIE

©Émilie Martinak


Au cours de l’hiver, ces magnifiques oiseaux blancs à la tête orangée s’en vont vers des latitudes plus clémentes pour éviter les glaces et retrouver certaines espèces de poissons qui désertent alors le golfe du Saint-Laurent.
À l’inverse de la saison de nidification, ils se rassemblent en petits groupes silencieux et restent au large de façon permanente. Ils peuvent ainsi parcourir jusqu’à 450 kilomètres par jour dans leur recherche de nourriture en alternants puissants battements d’ailes et longs vols planés. Au cours de la période de reproduction estivale, l’oiseau devient au contraire très territorial au sein de ses colonies.

Les couples sont souvent unis pour la vie et s’adonnent à des parades nuptiales particulièrement chorégraphiques en se frottant le bec et en s’étirant au maximum le cou et les ailes. D’ordinaire silencieux, ils émettent à cette saison des cris gutturaux qui provoquent lors de ces rassemblements une cacaphonie incessante.

Le nid, extrêmement rudimentaire, fait à même le sol, contient un seul oeuf d’un bleuté très caractéristique couvé par les deux parents pendant 44 jours. Nidicole, le jeune sera nourri sur le nid pendant près de 90 jours au cours desquels il passera de quelques dizaines de grammes à environ 3 kg. Au début de l’automne, ces jeunes s’envoleront guidés par leurs parents vers les eaux tropicales où ils resteront les années nécessaires pour devenir adultes. Ils reviendront alors par milliers vers cette petite île à quelques encablures de la côte gaspésienne, afin d’assurer à leur tour, ces magnifiques ballets aériens printaniers en ce haut lieu du patrimoine naturel québécois.


©Émilie Martinak


Autres articles qui devraient vous intéresser:
Le caribou migrateur
Le Huard
Fragile roi des rivières, le saumon d'Atlantique
L'incroyable bestiaire du Nunavik
L'orginal
Sauvage et accessible - Nature du Québec
Le Harfang des neiges
Aux couleurs de l'été indien
Parc national de Tursujuq au Nunavik
Le caribou de Gaspésie
L'eider à duvet
Le Faucon Pèlerin