La grande oie des neiges

Ambassadrice des saisons

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Chaque printemps et chaque automne, ce migrateur emblématique offre un spectacle saisissant lors de ses haltes sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Entre zone tempérée et extrême arctique, trois mots d’ordre permettent de mieux connaître la grande oie des neiges : hivernage, reproduction et, tout d’abord, récupération.


MIGRATION PRINTANIÈRE
Après avoir hiverné dans les anses, marais et baies marines de la côte est des États-Unis, des groupes de quelques dizaines à quelques centaines d’oiseaux blancs se succèdent dans le ciel québécois en direction du Nord, dès la première semaine d’avril. La migration printanière de la grande oie des neiges a commencé. À cette période, des centaines de milliers d’entre elles s’arrêtent sur les rivages du fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Baie-du-Febvre, dans le Centre-du-Québec, mais aussi dans la région de Chaudière-Appalaches et autres marais propices à leur alimentation. Une halte migratoire de quelques semaines avant une grande échappée nordique printanière de plus de 4 000 kilomètres vers leurs aires de nidification. Le scirpe d’Amérique des marais côtiers, mais aussi et surtout, les résidus céréaliers de l’activité agricole de la plaine du Saint-Laurent, sont en effet de véritables aubaines énergétiques à saisir en cours de route pour l’oiseau. Ainsi, le régime alimentaire de l’oiseau au cours de cette halte migratoire s’est radicalement transformé en même temps que le paysage rural au cours de ces dernières décennies. Aujourd’hui, environ 75 % du régime alimentaire de l’espèce à cette période est issu de l’agriculture. Opportuniste, l’espèce tire donc un profit énorme de l’activité humaine et sa démographie a littéralement explosé. Ainsi, sa population actuelle oscille autour de 700 000 individus ! Impressionnant ? La population il y a un siècle était estimée à 3 000 !

©Michel Julien
©Office du tourisme de la Cote-du-Sud



REPRODUCTION
Après cette étape migratoire sur les rivages du fleuve Saint-Laurent, elles reprennent la direction de l’extrême arctique en réalisant parfois jusqu’à 1 000 kilomètres sans interruption à une vitesse pouvant atteindre 95 km/h. 

Leurs sites de reproduction, où les couples arrivent début juin, se retrouvent sur une aire géographique qui s’étend depuis le bassin de Foxe au nord de la baie d’Hudson jusqu’à Alert, à l’extrême nord de l’île d’Ellesmere. Une aire de répartition estivale si septentrionale fait de la grande oie des neiges, l’espèce d’oies et de bernaches qui se reproduisent sous les latitudes les plus nordiques de la planète. 

Il semblerait que cette volonté de nicher dans des contrées nordiques aussi extrêmes soit justifiée par la baisse du niveau de prédation sur les nids par rapport à des latitudes plus méridionales, où la présence de prédateur comme le renard arctique est moins forte. 

Ce grand voyage sur le toit du monde serait donc une stratégie afin d’optimiser la réussite de la reproduction et le taux de survie des jeunes. 

Une dizaine de jours après leur arrivée, les femelles construisent leur nid sur les buttes sèches des milieux humides, les collines ou pentes abritées. Celui-ci est constitué de végétaux séchés trouvés aux alentours. La femelle ajoute ensuite au fur et à mesure de sa ponte des nouveaux matériaux pour le nid dont le duvet de sa poitrine. Pas de temps à perdre dans l’arctique. Le premier oeuf peut être pondu seulement une heure après que le lieu de nidification ait été choisi. Sous la surveillance aiguisée du mâle qui ne s’éloigne que très rarement à plus de 50 mètres du nid, elle se mettra à couver ses oeufs, qu’elle recouvrira de son duvet à chaque fois qu’elle les laissera une quinzaine de minutes afin de maintenir leur température. 

L’île Bylot, située au large de la côte nord-est de l’île de Baffin, accueille la plus grande colonie reproductrice au monde. Même si le niveau de fréquentation peut varier d’une année à l’autre, on y dénombre aux alentours de
25 000 couples en moyenne. L’île est devenue un refuge fédéral d’oiseaux migrateurs en 1965 et fait également partie du parc national Sirmilik depuis 1999. 

L’éclosion des oeufs se produit entre le début et la mi-juillet. 24 heures plus tard, les oisillons quittent le nid et sont déjà capables de marcher, de nager et de se nourrir. En six semaines, ils passeront de fragiles poussins de 100 grammes à de jeunes oies de 2 kg prêtent à entreprendre une folle migration automnale vers le sud dès la première semaine de septembre, et découvrir à leur tour, des milliers de kilomètres plus au sud, les rivages du fleuve Saint-Laurent. 

Les adultes quant à eux, ont à cette période retrouvé leur capacité de voler après avoir réalisé une mue de leurs plumes de vol. Tout le monde est donc fin prêt pour la grande aventure du retour.


HIVERNAGE
La grande oie des neiges quitte ses aires de reproduction lorsque le sol commence à geler, soit en général, dans la première quinzaine de septembre. Cette fois-ci accompagnés des jeunes, les couples, qui s’occupent ensemble de leur progéniture et qui sont unis pour la vie, s’envolent pour une première grande étape migratoire jusqu’au sud de l’île de Baffin ainsi que la partie centrale de la péninsule d’Ungava au Nunavik

Une fois la limite nordique des arbres atteinte, une deuxième étape importante est réalisée avec pour fil directeur la forêt boréale, avant d’atteindre les rivages nourriciers du fleuve Saint-Laurent dans la première quinzaine d’octobre. Comme au cours de la migration printanière, une grande majorité des oiseaux vont s’arrêter ici pendant une vingtaine de jours afin de renouveler leur réserve énergétique puis terminer leur route vers les côtes atlantiques des États-Unis où elles passeront à nouveau l’hiver. À cette époque, l’observation du plumage blanc immaculé des adultes contrastant avec le plumage gris des jeunes permet de les différencier. 

Les grandes envolées automnales qui peuvent atteindre des milliers d’individus sont donc en général plus denses et colorées que celles du printemps. Cependant, au cours de leur premier hiver, les jeunes vont perdre petit à petit leur plumage gris au profit du blanc pour être dès le printemps suivant, des copies conformes de leurs parents. Le grand ballet aérien et le cacardement incessant dans le ciel québécois de ces centaines de milliers d’oiseaux annonceront alors, comme chaque année, le renouveau de la douceur printanière.

© Benjamin Dy
©Tourisme Chaudière-Appalaches



BIOLOGIE
• Coloration : plumage immaculé sauf pour les plumes primaires noires (bout des ailes) et bec rose ; jeunes au plumage grisâtre et bec sombre ; tête souvent teintée de rouille, dû au sol dans lequel elle trouve sa nourriture.
• Longueur : de 71 à 84 cm.
• Envergure : de 134 à 153 cm.
• Masse moyenne : de 1 900 à 4 050 g pour le mâle ; de 1 840 à 3 850 g pour la femelle.
• Nombre d’oeufs : de 3 à 5.
• Incubation : 24 jours.
• Soins aux jeunes : par le couple monogame et uni à vie.
• Longévité : jusqu’à 16 ans (10 ans en moyenne).


DÉCOUVRIR
Chaque année, en octobre, le festival de l’oie blanche basé à Montmagny, dans la région de Chaudière-Appalaches permet de découvrir de façon ludique l’oiseau emblématique. De nombreuses activités sont proposées aux participants pendant ces quelques jours de festivités populaires, allant de l’observation aux activités de découverte et d’interprétation, jusqu’à la dégustation.
Pour en savoir plus sur l’événement automnal : www.festivaldeloie.qc.ca


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