Il était une fois... Le Western

Musée des Beaux-Arts de Montréal

Picture medium

Première photo d'article : Brad Kahlhamer (né en 1956), Cheval américain, 2014, 
acrylique, encre, peinture aérosol, crayon de couleur sur un drap. 
Avec l’aimable concours de l’artiste et de la Jack Shainman Gallery, New York. 
© Brad Kahlhamer


Depuis le 14 octobre, le Musée des beaux-arts de Montréal présente une exposition majeure consacrée à l’un des mythes les plus ancrés dans l’imaginaire collectif lorsqu’on évoque l’Ouest américain : le western.
Une véritable épopée visuelle relatant, avec une lecture inédite de centaines de films, de photographies et d’œuvres d’art, un siècle et demi d’une histoire plus souvent qu’autrement façonnée de toutes pièces et qui a beaucoup influencé notre vision de l’Amérique.
Un événement incontournable.

Rares sont ceux qui ne se sont pas, dans leur enfance, transformés en valeureux cowboys, voyageant sur leur fidèle destrier, affrontant des hordes d’Indiens sauvages pour un bout de territoire rocailleux.
Ce mythe fondateur de l’Ouest américain a nourri l’imaginaire de plusieurs générations d’enfants qui, en grandissant, ont joyeusement plongé dans tous les autres lieux communs véhiculés par le western : parties de cartes bien arrosées, bagarres épiques dans les saloons, hors la-loi et shérifs, campements rudimentaires au bord du feu, duels au revolver, attaques de diligences, etc.

Une vision colorée et romancée d’une histoire bien plus sombre et nuancée que de nombreux artistes ont explorée depuis le milieu du XIXe siècle à des fins diverses, du simple divertissement au témoignage plus ou moins biaisé, jusqu’à une critique plus acerbe ou teintée d’autodérision.

C’est ce pan à la fois historique, culturel et documentaire que le Musée des beaux-arts de Montréal, en coproduction avec le Denver Art Museum, a analysé en profondeur pour produire une vaste exposition multidisciplinaire constituée de plus de 400 peintures, sculptures, installations, photographies, artefacts, photogrammes et extraits de films.
Y sont notamment abordés les stéréotypes à l'égard des communautés amérindienne véhiculés par le western, genre qui a largement contribué à occulter le drame vécu par ces populations. Des œuvres de plusieurs artistes autochtones contemporains revisitent d'ailleurs nombre de ces clichés colonialistes.

Charles Marion Russell (1864-1926)
Piégans, 1918, Huile sur toile, 61 x 91,4 cm, 
Collection Petrie.


Frederic Remington 
Le quatrième cavalier mène les chevaux démontés, 1890
Huile sur toile, 86.5 x 124.3 cm  
Williamstown, Massachusetts, 
Sterling and Francine Clark Art Institute.


LA CONSTRUCTION D’UN MYTHE
Les premières images qui ont construit le mythe du western proviennent de peintures monumentales représentant la conquête de l’Ouest comme une aventure fascinante. Albert Bierstadt, Thomas Moran et William Brymner, pour ne citer qu’eux, ont transformé une réalité plus ou moins reluisante, celle de pionniers parquant fusil au poing les populations autochtones dans des réserves et exterminant les troupeaux de bisons, en une autre beaucoup plus romantique de découverte d’un nouveau monde, à l’intérieur duquel les Premières Nations vivaient en harmonie avec une nature encore indomptée.

Cette vision idyllique, qui est à l’origine des figures fondatrices du cinéma western (le cowboy, l’Indien, le trappeur, l’éclaireur et le pionnier) a été entretenue par des auteurs comme Frederic Remington et Charles Russell, qui ont écrit sur l’Ouest sans le connaître réellement, avec une conception reposant de ce fait sur leur propre culture, leurs propres valeurs et beaucoup d’imagination. Si l’on greffe à cela des photographies dans la même veine, traditionnelles ou en trois dimensions réalisées au moyen du stéréoscope, l’ancêtre du projecteur d’image
animée, considérées alors comme des témoignages d’une probité indiscutable, on se retrouve dans une situation où la fiction l’emporte sur la réalité, un terreau propice à l’émergence d’une légende dont le cinéma s’est emparé et qu’il a sublimée jusqu’à aujourd’hui.






Charles Schreyvogel (1867-1912), Franchir
la ligne, s.d., huile sur toile. Tulsa (Oklahoma), 
Gilcrease Museum, 
gift of the Thomas Gilcrease Foundation, 1955. 
Photo : © Gilcrease Museum, Tulsa, Oklahoma.



L’histoire du western au cinéma a débuté avec des courts métrages reprenant tous les archétypes incarnés dans les peintures, les photographies et les écrits déjà réalisés sur l’Ouest américain.
Certains personnages réels marquants comme Géronimo, Jesse et Frank James, Pat Garrett, Billy le Kid, Calamity Jane et, au Canada, Will James, sont aussi des sources d’inspiration qui seront largement reprises par la suite.

Toutefois, on doit à William F.Cody, alias Buffalo Bill, la grande popularisation du western grâce à son spectacle Buffalo Bill’s Wild West, qui a déplacé les foules aux États-Unis, au Canada et en Europe. Ce jeune homme, engagé dans l’armée américaine, avait la réputation d’avoir tué des milliers de buffles dans les prairies américaines.
Son spectacle mettant en scène des représentations typiques de scènes de l’Ouest captive un public friand d’exotisme. On écrit dans le journal français Figaro, en 1887 : « Le spectacle se compose de toutes les scènes de la vie du Far-West : attaque des mineurs par les Peaux-Rouges, chasses aux buffles, prises des chevaux avec le lasso etc. Rien de plus étonnant, rien de plus émouvant que ces exercices dans lesquels galopent deux ou trois cents cavaliers qui semblent vissés sur leurs selles ».
Finalement, la revue Buffalo Bill’s Wild West, qui aura un succès fou jusqu’à la Grande Guerre, enracinera dans l’imaginaire collectif une vision de l’Ouest loin, bien loin de celui, déjà transformé par le chemin de fer, les lignes téléphoniques, les automobiles, l’industrialisation et le développement urbain qui y étaient déjà implantés.

Pour marquer d’ailleurs cette étape cruciale dans la fondation du genre western, l’exposition montréalaise présente le piétage de ce spectacle original et les costumes portés par William F. Cody au Canada.

Albert Bierstadt (1830-1902), 
Immigrants traversant les plaines, 1867, 
huile sur toile. Oklahoma City, 
National Cowboy and Western Heritage Museum, 
gift of Jasper D. Ackerman. 
Image courtesy of the Dickinson Research Center.


Thomas Moran (1837-1926), Le mirage, 1879, 
huile sur toile. Orange (Texas), Stark Museum of Art. 
Photo : © Will France.



LE WESTERN CLASSIQUE
Après une période de recul du western lors de la Grande Dépression, ce dernier revient en force grâce à de grands réalisateurs comme John Ford.

Avec La chevauchée fantastique, un film grâce auquel l’acteur John Wayne, jusqu’alors méconnu, va devenir un héros typique de l’Ouest américain, John Ford va donner une toute nouvelle dimension à ce genre cinématographique en tournant pour la première fois des scènes à l’extérieur des studios, plus précisément à Monument Valley.
Salué par la critique et adulé par le public, ce film grandiose va influencer une nouvelle génération de cinéastes et permettre à Ford, que l’on considère comme le « maître du western classique », de tourner assez librement d’autres bijoux comme La poursuite infernale (1946) et la trilogie Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque et Rio Grande (entre 1948 et 1950), dans lesquels le réalisateur entend dénoncer la corruption, la vanité et le racisme contre les Indiens manifestés dans les rangs de la cavalerie américaine.

Le genre western connaît alors une nouvelle mutation et dépeint le malaise existentiel que l’on retrouve après la Seconde Guerre mondiale dans les œuvres de Jackson Pollock et Franz Kline et des films comme La porte du diable (1950) d’Anthony Mann et Convoi de femmes (1951) de William Wellman.

William Notman & Son, Montréal, Sitting Bull et
Buffalo Bill, Montréal, Québec, vers 1885, carte de cabinet. 
Golden (Colorado), Buffalo Bill Museum and Grave.



Frederic Remington (1861-1909), 
Cheval rétif, vers 1893, huile sur toile. 
Indianapolis, 
The Eiteljorg Museum of American Indians 
and Western Art.


LE WESTERN SPAGHETTI
Le réalisateur Sergio Leone va radicalement revoir les codes du western avec ses films Pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965), Le bon, la brute et le truand (1966), Un génie, deux associés, une cloche (1975) et Il était une fois dans l’Ouest (1968), considéré comme un des plus grands films de tous les temps.
Le style de Leone est distinct : il rend hommage aux principaux éléments du mythe avec tout le caractère épique et dramatique que ce dernier comporte, tout en le déconstruisant pour le plonger dans une réalité plus individualiste.
Son héros de prédilection, Clint Eastwood, un justicier pragmatique et providentiel, est totalement différent de celui incarné auparavant par John Wayne, et la fabuleuse musique d’Ennio Morricone, que l’on peut aussi écouter dans l’exposition Il était une fois… le western, prend une importance majeure.


CONTRE-CULTURE ET CONTEMPORANÉITÉ
Même si le genre western ne s’est jamais vraiment associé à une cause, il a contribué à façonner des mouvements comme ceux pour les droits civiques, pour les droits des femmes, contre la guerre du Vietnam et l’American Indian Movement.
Des films comme Billy le Kid (1973) et Little Big Man (1970), ainsi que des œuvres d’Andy Warhol et de Fritz Scholder, dénoncent le conservatisme, la violence et le machisme rattachés à ce mythe américain.

Depuis, de nombreux artistes visuels, autochtones ou non, mais aussi des réalisateurs, comme Quentin Tarantino, ont posé un regard critique sur les stéréotypes véhiculés dans le genre western, qu’ils soient raciaux, de classe, de genre, sexuels, liés à la violence ou aux représentations du paysage lui-même.

L’exposition montréalaise leur dédie la dernière partie de son exposition pour leur permettre d’exprimer les questionnements inhérents aux représentations et à l’influence que le western a eue dans leur vie personnelle comme dans l’imaginaire collectif au fil du temps. Parce que, comme l’indique pertinemment Mary- Dailey Desmarais, conservatrice de l’art moderne international au MBAM et co-commissaire de l’exposition, « fondamentalement, le western est l’épopée d’une nation qui se construit, avec les succès, les échecs, les fantasmes et les hypocrisies que l’aventure comporte ».
                                           Brad Kahlhamer (né en 1956), Cheval américain, 2014, acrylique, encre, peinture aérosol, crayon
                                     de couleur sur un drap. Avec l’aimable concours de l’artiste et de la Jack Shainman Gallery, New York.
                                                                                                © Brad Kahlhamer



Un grand moment de vérité à vivre jusqu’au 4 février 2018.

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