Festival Présence Autochtone

Le calumet de la réconciliation

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Lancé en 1991 dans un contexte politique tendu, le festival Présence autochtone a fini par devenir un des acteurs majeurs de la promotion des arts et de la culture des Premières Nations. Pour sa 27e édition, qui débutera le 2 août à Montréal, l’événement mêlera une nouvelle fois tradition et modernité, sur fond de 375e anniversaire de la métropole.


UN ÉVÉNEMENT FESTIF ET MULTIDISCIPLINAIRE
Le festival Présence autochtone, qui entamera sa 27ème édition le 2 août prochain, n’a pas connu un départ en fanfare, c’est le moins que l’on puisse dire ! Demandez donc à André Dudemaine, cofondateur de Terres en Vue (avec Daniel Corvec et Pierre Thibeault), l’organisme qui chapeaute cet événement festif et multidisciplinaire mêlant tradition et modernité.


UN REMPART NOMMÉ OKA
Petit retour en arrière : nous sommes au début de l’année 1990, la jeune équipe a dans l’idée de lancer une manifestation dédiée aux Premières Nations. Mais le ciel s’assombrit quelques mois plus tard dans la province, durant l’été, avec le projet d’agrandissement d’un terrain de golf sur des terrains ancestraux qui se transformera en crise d’envergure et se soldera par la mort d’un policier de la Sûreté du Québec. La tension est alors vive entre les Autochtones (la communauté mohawk plus précisément) et le gouvernement québécois. L’armée canadienne sera même envoyée sur place. Le moment paraît alors malvenu pour formuler des propositions concernant le lancement d’un festival visant à promouvoir cette culture. « On a été très mal reçus, le climat était pourri », se souvient celui qui a du sang innu par sa mère. Pour résumer la situation, il exhume l’expression d’un de ses collègues : « Il disait qu’au moment où l’on mettait un timbre pour adresser une demande à un ministère, on entendait déjà les portes claquer à l’autre extrémité ». Ambiance…



ÉDUQUER ET RASSEMBLER
Malgré les obstacles, la première édition du festival deviendra une réalité dès l’année suivante, avec les moyens du bord et le renfort précieux des bonnes volontés. « À l’époque, on voyait plus ça comme un festival de sensibilisation et de discussion, notre visée était plus éducative que festive », souligne le responsable en rappelant que le cinéma était la porte d’entrée principale. Le concert bénéfice organisé au Café Campus, sold-out, avec entre autres un certain Richard Desjardins, allait modifier la donne, incitant les organisateurs à voir plus large. Très vite, Présence autochtone gagnera en crédibilité, attirant dans ses filets divers partenaires, dont des institutions reconnues, mais aussi des artistes amérindiens soucieux de se faire valoir sur la scène montréalaise. « Ce grand intérêt nous a permis de constater que les arts autochtones n’avaient pas seulement vocation à être éducatifs, mais qu’ils méritaient d’être à l’avant-scène de l’univers culturel et artistique », mentionne encore André Dudemaine.



SOUS LE SIGNE DU JUMELAGE
Axé autour de la musique, des arts et des métiers de la tradition et du 7e art, lequel donne lieu à une compétition avec remise de prix, Présence autochtone – dont l’épicentre est depuis 2010 la place des Festivals – s’inscrit aussi dans une perspective de réconciliation. Alors que les braises de la rancoeur sont encore fumantes, dans une province (mais aussi au Canada) où la question autochtone est un sujet complexe et sensible, les organisateurs de cette manifestation ont à coeur de faire tomber les préjugés en facilitant les échanges. « Quand on parle de réconciliation, c’est à la fois entre les peuples, mais aussi celle de Montréal avec sa propre histoire », précise le directeur des activités en rappelant que les Premières Nations peuplaient déjà l’île de Montréal avant qu’elle ne s’urbanise et devienne la métropole cosmopolite que l’on connaît. Cette quête d’harmonie se traduira notamment lors du grand concert prévu le 4 août à la Maison symphonique, placé sous le signe du jumelage, des artistes québécois et autochtones se partageant la scène. Prenant le 375e anniversaire de la ville à témoin, ce show mêlera différents dialectes et tournera autour du thème de la Grande Paix de Montréal, qui fut signée le 4 août 1701 entre les Amérindiens et les Français. Un symbole qui a valeur d’exemple.


Plus d'infos:
www.presenceautochtone.ca


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