Escapade sur l'île d'Anticosti, au Québec

Anticosti, ou l’île aux chevreuils

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La perle de la Côte-Nord est devenue le royaume des chevreuils après leur introduction au 19e siècle par le chocolatier français Henri Menier. Une abondance qui n’est pas sans conséquences sur l’écosystème de cette île envoûtante. 

La petite église de Port-Menier.
Un parfum de large saisit le visiteur 
dès son arrivée à Port-Menier.




L’ÎLE AUX CHEVREUILS
Sur l’île d’Anticosti, vous parviendrez aisément à compter les habitants, environ 200 cantonnés au village de Port-Menier, le seul que compte ce territoire exotique s’étirant sur 220 km (pour 56 de large) où les routes en gravier inspirent autant la prudence que l’aventure ! L’exercice se complique dès qu’il s’agit d’avoir une vision précise de la quantité de chevreuils qui y règnent en maîtres faute de prédateurs. Lors du dernier recensement, effectué il y a une dizaine d’années, on estimait leur nombre à 166 000, soit 20 à 22 de ces animaux au kilomètre carré. Il est fort probable que ce chiffre ait baissé depuis, mais beaucoup sur place s’accordent pour dire qu’il y en a au bas mot 120 000. Autant dire que la probabilité d’en croiser tient davantage de la routine que du miracle vous enjoignant à tenter votre chance au loto… L’herbivore s’est même carrément habitué à l’homme dans le secteur de Port-Menier, où il n’est pas rare de le voir brouter dans les jardins des particuliers. Signe qui ne trompe pas : des distributeurs de maïs ont même été installés cette année pour les nourrir, moyennant un maigrichon 25 cents.

Des distributeurs de maïs ont été installés à Port-Menier 
pour nourrir les chevreuils.
Les gros gabarits s’avèrent très utiles sur 
les routes cahoteuses et parfois épiques de l’île !




LA CHASSE AUX AVANT-POSTES
Tout a commencé en 1895, avec l’acquisition de l’île par le magnat du chocolat Henri Menier, qui fondera les villages de Port-Menier et de Baie-Sainte-Claire, dont il ne subsiste aujourd’hui que des ruines et deux cimetières. Grand amateur de chasse, l’industriel français décidera d’y introduire quelques espèces animales pour assouvir sa passion, entre autres le wapiti, le caribou, le bison et le fameux chevreuil, prenant soin au passage de faire construire une demeure si imposante qu’on la surnommera le « château ». Une tourelle a d’ailleurs été reconstituée pour avoir une idée de l’ampleur de cette demeure cossue partie en fumée en 1953.

Le château d’Anticosti à l’époque de sa splendeur, avant 
l’incendie qui l’a ravagé en 1953.
Quelques images d’archives sont exposées à
l’Écomusée de Port-Menier.
Une tourelle a été reconstituée pour donner
une idée de l’ampleur de l’ancien pavillon de chasse.



Aujourd’hui, le chevreuil est devenu à la fois un allié et un problème. Un allié, car l’économie d’Anticosti repose principalement sur la chasse, devant la coupe forestière, la villégiature ou encore la pêche. Les deux auberges et 16 chalets de la Sépaq (Société des établissements de plein air du Québec) - qui veille sur la plus importante pourvoirie de chasse au chevreuil en Amérique du Nord - affichent d’ailleurs complets quand les fusils sont de sortie durant l’automne, avec un gros contingent de Québécois, mais aussi des Américains et des Européens.



UN ESPOIR NOMMÉ «EXCLOS»
Un problème, car l’abondance de cette espèce a profondément transformé le milieu forestier, menaçant directement les sapinières, dont le cerf de Virginie est friand, n’hésitant pas à s’attaquer aussi aux semis. Ce broutage intensif, qui met aussi à mal les espèces de feuillus comme le bouleau et le peuplier, a permis aux épinettes blanches de proliférer, une essence moins alléchante pour le cervidé.

La construction d’exclos permet à la végétation 
mise à mal par les chevreuils de se régénérer.



Cette réalité a débouché dans les années 80 sur un programme de régénération de la forêt dont les « exclos » sont devenus le symbole. Ces aires de plusieurs kilomètres carrés, protégées et clôturées, permettent à la végétation indigène de s’épanouir sans subir la pression de l’animal, dont la survie dépend aussi de cette flore riche en protéines. On peut d’ailleurs en constater l’efficacité au kilomètre 42 (quand on arrive de Port-Menier), où a été gardée intacte une de ces parcelles, datant de 1983. La variété d’essences qui ont repris possession du sol jure dans le décor environnant, constitué essentiellement d’épinettes.
Un contraste saisissant !

À Port-Menier ou à Chicotte-sur-Mer (notre photo),
le cerf de Virginie se montre moins craintif avec l’homme.



Infos:
SÉPAQ - ANTICOSTI
25, chemin des Forestiers
Port-Menier, Île d’Anticosti.
Tél. : +1 418 535 0231.
Consulter la fiche Best of Québec
www.sepaq.com

Consulter le blog d'Olivier Pierson.