Montréal, île parmi les îles

Archipel d’Hochelaga

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On leur a donné des noms d’animaux : à l’Aigle, aux Hérons, aux Sternes, à la Truie, aux Vaches, au Chat, aux Chèvres, des noms religieux : Saint-Jean, Sainte-Marguerite, Saint-Joseph, Sainte-Hélène, des Sœurs, au Diable, des noms de patronymes : Lafontaine, Pinard, Deslauriers, Gagné, Tremblay, Mercier, Ménard... et bien d’autres noms encore : Ronde, Verte, aux Pins, aux Pruches. Autour de ces îles gravitent aussi des îlots dont quelques-uns sont innommés ne portant que des numéros de cadastre. L’archipel d’Hochelaga, qui ceinture Montréal, est le deuxième archipel en importance sur le Saint-Laurent pour le nombre d’îles, après celui de la région des Mille-Îles à l’entrée du lac Ontario. Le frère Marie-Victorin, fondateur du jardin botanique de Montréal, le qualifiait « d’extraordinaire carrefour d’eaux courantes ».

Des îles et des ponts

Le côté insulaire de la région est pourtant difficile à saisir pour le visiteur et même pour ses habitants. En dehors du Mont-Royal qui ne culmine qu’à 235 m au cœur de la ville, il n’existe pas de point de vue assez haut pour apprécier toute l’étendue de l’archipel. Il faut dire qu’au fur et à mesure de son développement, Montréal s’est petit à petit rattaché aux terres par une trentaine de ponts routiers et ferroviaires. Le premier pont à traverser le fleuve Saint-Laurent a été construit entre 1854 et 1859. Alors considéré comme une petite merveille, le pont Victoria est encore aujourd’hui parcouru par les trains et les automobiles, ces dernières circulant sur une route constituée de grilles métalliques, toute une expérience!

Un environnement spécifique

C’est aux extrémités de l’île de Montréal que l’on peut le mieux apprécier l’étendue des eaux qui l’entoure. À l’ouest, le lac des Deux-Montagnes et le lac Saint-Louis sont bien connus des amateurs de voile et de plaisance, et les écluses du Canal-de-Sainte-Anne-de-Bellevue (lieu historique national) permettent la navigation entre les deux bassins. À l’Est, les archipels de Boucherville, Varennes et Verchères constituent d’importantes réserves naturelles bien plus fréquentées par les oiseaux que par les hommes. L’archipel a une influence indéniable sur le climat de la région. Ici, il n’y a pas de boulevard périphérique autour de la ville pour en conserver la chaleur, et ce sont les cours d’eau qui font la différence. L’eau a tendance à renforcer le froid en hiver lorsqu’elle se transforme en glace; c’est le cas du Vieux- Port toujours plus frais que le centre-ville pourtant proche. Au cœur de l’été, c’est le contraire : les abords du fleuve, au sud de l’île, ou de la rivière des Prairies, au nord de l’île, ont tendance à rafraîchir l’atmosphère.

Montréal, une île entre deux mondes

Suspendue entre les Grands Lacs et l’océan Atlantique, Montréal a de tout temps été un lieu de transition obligé et convoité au cœur du continent américain. En 1535, le Français Jacques Cartier est le premier Européen à remonter le Saint- Laurent jusqu’à la bourgade iroquoienne d’Hochelaga. Hochelaga est un terme iroquoien qui serait soit une variante du mot Osekare signifiant « chaussée des castors », ou du mot Osheaga qui veut dire « gros rapides ». La présence amérindienne sur l’île de Montréal remonterait à plus de 8 000 ans avant notre ère. En amont de la ville, Cartier n’arrive pas à dépasser les rapides qu’on appela plus tard par dérision les rapides de Lachine pour se moquer des explorateurs qui pensaient arriver en Chine par cette voie fluviale. Ce n’est qu’un siècle plus tard, en mai 1642 qu’une quarantaine de colons emmenés par Paul Chomedey, Sieur de Maisonneuve et Jeanne Mance décident de créer une communauté où colons et « sauvages de la Nouvelle- France vivraient du travail de la terre », sur cette île privilégiée « où toutes les rivières affluent ». De leur premier bourg, baptisé Ville-Marie, il ne reste aujourd’hui qu’un quartier historique, le Vieux-Montréal.