Montréal derrière ses Canadiens

La Grand-messe du hockey

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Fer de lance de la fierté sportive québécoise, le Canadien de Montréal jouit d’une ferveur sans équivalent dans la Belle Province. Il faut avoir assisté à un match, dans son antre bruyant du Centre Bell, ou épluché les journaux, suspendus aux moindres faits et gestes de cette équipe mythique, pour en mesurer la notoriété. Go Habs go !

Une religion, un virus, une drogue... Appelez ça comme vous voudrez. Au Québec, et en particulier dans sa métropole, le Canadien de Montréal évolue dans une classe à part. Et pour cause: aucune équipe n’a remporté autant de titres dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Avec vingt-quatre coupes Stanley à son palmarès, la formation dirigée par Michel Therrien est hors de portée. Son dauphin et grand rival, les Maple Leafs de Toronto, arrive loin derrière avec treize trophées. 

Au cours de sa riche histoire, cette formation criblée de superlatifs a connu quelques dynasties, quand elle ne laissait que des miettes à ses adversaires. Les années 70 appartiennent à l’une d’elles. Une saison, celle de 1976-1977, a marqué les esprits. La référence. L’équipe semble invincible, cumule 132 points et signe 60 victoires en 80 matches, dont seulement huit défaites en temps réglementaire. Personne n’a fait mieux depuis.

©Anne Moy


L'ÉQUIPE QUI DÉCAPE L'ACTU
Si le football, appelé soccer outre-Atlantique, a dépassé le sport roi en nombre de licenciés – l’immigration ayant modifié la donne –, force est de constater qu’il ne pèse pas bien lourd sur le terrain de la ferveur. Pour comprendre cette domination, il suffit d’ouvrir un journal, ou de se rendre dans un bar ou restaurant sportif un soir de match, dont les célèbres Cages aux Sports, véritables caisses de résonance de l’addiction ambiante. « Le Canadien est l’eau de javel de l’actualité », a fait remarquer un jour un commentateur à la radio. Oui, le CH décape le grand tourbillon des nouvelles, dans de telles proportions parfois que le néophyte, ou l’étranger fraîchement débarqué, a peine à croire ce qu’il voit.

Deux exemples: en 2009, la mort de Michael Jackson, qui fera la une un peu partout sur la planète, est balayée par un changement de propriétaire au sein de l’équipe québécoise. En janvier de la même année, une rumeur entourant l’échange d’un joueur très populaire occupe plus d’espace médiatique dans la Belle Province que la mort du pape Jean-Paul II en 2005 ! Un comble pour cette province autrefois sous le joug de l’Eglise catholique. Une telle équipe suscite bien évidemment des attentes. 

Là encore, on est dans un autre monde. La pression est telle pour les joueurs que le gardien Carey Price a récemment déclaré qu’un peu d’anonymat lui ferait le plus grand bien. Une confession qui a pris des proportions exagérées, alimentant les rumeurs d’un départ, dans un microcosme où un joueur peut passer du statut de héros à celui de pestiféré en seulement 24 heures. Un match raté, et c’est la fin des haricots!



À GUICHETS FERMÉS DEPUIS 2004
Pénétrer dans l’antre des Glorieux, un des nombreux surnoms de l’équipe, est une autre façon de prendre la mesure du phénomène bleu-blanc-rouge (les trois couleurs de son uniforme). Cette cathédrale a un nom : le Centre Bell. Il a succédé en 1996 à un autre temple, le Forum, où le Tricolore a écrit les plus belles pages de son histoire. Avec près de 21 300 places, le stade actuel est le plus grand de tous. Sa tribune de presse, suspendue au plafond à 28 mètres du sol, peut accueillir 302 journalistes. 

Un autre record. Depuis 2004, l’enceinte affiche complet, ce qui est sans équivalent dans la LNH. Les billets de saison partent en quelques heures, et les listes d’attente varient de 5 à 9 ans selon l’emplacement choisi. Surréaliste ! Difficile de rester insensible à la légende qui imprègne les lieux, et de ne pas voir ces numéros d’anciennes gloires qui surplombent les spectateurs. 

Quand l’un deux finit suspendu au-dessus des têtes, après une cérémonie menée en grande pompe, il ne peut plus être porté par un joueur du CH. Parmi ces légendes, le 9 de l’icône Maurice Richard, dont la notoriété dépasse le cadre sportif. À sa mort, le 27 mai 2000, celui que l’on surnommait le « Rocket » eut droit à des funérailles nationales. Une première pour un athlète québécois. Plus de 100 000 personnes vinrent se recueillir sur sa dépouille à la basilique Notre-Dame de Montréal.



UN NOUVEAU DÉPART
Le livre du Canadien de Montréal est riche de grands noms, d’épopées, mais aussi de déceptions et de désillusions, comme cette saison 2011-2012 misérable, une des pires dans l’histoire du club centenaire (le plus vieux de la Ligue), qui vit la Sainte-Flanelle croupir à la dernière place de l’association Est. Le championnat suivant, en tous points différent, avec une inespérée 2e place au classement général, a mis du baume au cœur sans lever tous les doutes. 

Car depuis 1993, année du dernier défilé victorieux sur la rue Sainte-Catherine, les Habs courent après leur glorieux passé. Autant dire une éternité dans cette ville à cran. Les récents remaniements dans l’organisation, jusque dans sa direction, ont ravivé l’espoir parmi les supporteurs. Les frères Molson, issus d’une puissante famille fortement enracinée dans l’histoire de la ville, qui ont repris les rênes de l’équipe en 2009 à la tête d’un consortium, ont un sacré défi à relever: apporter une 25e coupe Stanley à Montréal... et au peuple québécois.


PLUS D'INFOS : Site officiel des Canadiens


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