Le sirop d’érable, un incontournable du Québec

« Se sucrer le bec » dans les cabanes à sucre

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À la première rencontre avec Pierre Faucher, l’impression est forte nous disent Jean-Pierre Doche et Bernard Personnaz, auteurs du livre Québec au Cœur.

Une barbe qui n’en finit plus surplombe une stature aussi élégante qu’impressionnante. Sa tenue à l’ancienne vous transporte déjà dans une histoire hors du commun. Installé auprès de la cheminée dans la grande salle à manger de la Sucrerie de la Montagne, il raconte…

D’où vient le nom Faucher ?
L’origine en est saintongeaise et vient d’un certain Jean Foucher né en 1632 à Cressac près d’Angoulême. Il se maria au Québec en 1659 et fit souche dans la Nouvelle-France. Au fil du temps, le 0 s’est donc transformé en A.



Et ta famille ?
Nous étions 10 enfants. J’en suis le cadet, donc forcément le plus beau ! J’ai trouvé le moyen de mettre le nez dehors pendant une tempête de neige en 1946 ! Nous passions notre temps à discuter, rire et chanter.

Avais-tu déjà une idée de ce que tu voulais faire «plus tard» ?
Je voulais être bûcheron car mon père me racontait toujours des histoires de camps de bûcherons et de
cabanes, mais à 20 ans je me suis spécialisé dans les relations publiques pour une multinationale. Là, ce ne fut pas l’fun du tout, car en entendant constamment parler de vacances et de retraite, je me suis vu vieillir de cent ans ! Alors j’ai pris ma retraite à 21 ans ! Je suis parti à Vancouver où j’ai fini par trouver une place sur un cargo norvégien en partance pour l’Angleterre. De là, je suis allé à Paris. Je me souviens, c’était au mois de mai, les jolies Parisiennes étaient en mini jupes sur des scooters, c’était le paradis !

Et ensuite ?
Je suis parti dans le Sud de la France avec mon chum, Michel Cherrin. Nous avons « fait du pouce » jusqu’à Nice puis ce furent la Corse, l’Italie, la Yougoslavie, les îles grecques et l’Autriche où je suis resté plusieurs mois comme pisteur l’hiver. Après, ce fut la grande traversée de l’Afrique jusqu’à l’Afrique du Sud, un trip qui durera plus d’un an. Je me rappelle la traversée du désert en compagnie des Bédouins et des Touaregs avec pour toute alimentation des sardines et une boîte de lentilles par jour. Au Niger nous avons attrapé la dysenterie ; ce sont des Lords anglais qui traversaient le désert en Land Rover qui nous ont tirés de ce mauvais pas avec des médicaments. En Afrique du Sud, j’ai raconté mon voyage à un journal local contre un steak et une bière en indiquant que je cherchais du travail sur un bateau pour continuer mon aventure. Le lendemain, on me proposait une job sur un pétrolier suédois en partance pour le Brésil. De là, je suis rentré dans mon cher Québec !

Et alors là, qu’est-ce que tu as fait ?
Après un tel périple, j’avais des doutes plein la tête.
Mais mon père m’a réconforté en me disant, peu avant sa mort : « Continue ta route, il y aura toujours des gens à tes côtés pour te pousser quand tu en auras besoin ». Alors, un peu déstabilisé, j’ai trouvé un job dans les relations publiques. Costume, cravate, attaché-case, carte American Express, avions, hôtels… la routine quoi ! Jusqu’à cette photo dans le Time Magazine représentant une pierre tombale sur laquelle était inscrit : « Ci-gît le cerveau de Monsieur X qui, à 40 ans, a cessé de penser ». À 28 ans je suis allé voir mon boss et lui ai annoncé que j’arrêtais, car j’avais cessé de penser ! Je crois qu’il n’a jamais compris !

Mais comment en es-tu arrivé à la Cabane à sucre ? 
Cela a été un grand tournant dans ma vie. Un ami m’avait demandé de lui chercher un terrain à la campagne. J’en avais trouvé un sur le chemin du Petit Brûlé à Rigaud que j’ai fini par acheter pour moi, car mon ami s’était désisté.


C’est donc ainsi que t’est venue l’idée de faire une cabane à sucre ? 
Oui, car mon voisin, Monsieur Seguin, possédait une cabane en bois et une forêt où il récoltait du sirop d’érable. J’aurais bien voulu acheter la forêt, mais il la détenait depuis 200 ans et avait huit enfants ! À Noël 1978, il m’a fait cadeau d’un tisonnier et m’a dit en me montrant la forêt : « Le bois là est à toi, on parlera du prix après les fêtes ». J’en étais tout retourné ! Lors de la signature chez le notaire, en échange du chèque, il m’a remis sa clé. J’ai répondu en souriant « J’suis ben déçu, car je te donne l’argent cash et tu me donnes une vieille clé. J’aimerais avoir une clé neuve et que toi tu gardes la vieille ! » Jusqu’à sa mort, Monsieur Seguin m’a aidé à bâtir ma cabane
et m’a fait découvrir les secrets de la forêt. Il a été comme un second père pour moi.


Et pour la Sucrerie ? 
J’avais plein d’idées en tête. J’ai d’abord voulu associer la cabane au patrimoine du Québec et à l’histoire des premiers arrivants (lampe à huile, poêles à bois, outils aratoires, tables en bois...). Au début, la clientèle était surtout constituée d’ivrognes et de gueulards. Ce n’était pas ce que je recherchais, alors j’ai doublé les prix pour améliorer la clientèle. Ça a marché et j’ai décidé d’ouvrir toute l’année. Je suis allé voir Nicole Labonté de la revue Tourisme Plus pour passer des annonces et attirer encore plus de monde. Comme je n’avais pas d’argent, je lui
ai proposé d’inviter gratuitement ses meilleurs annonceurs. Puis, vêtu en habits de cabane, j’ai pris rendez-vous avec Denis Gosselin, chargé de projets à Tourisme Québec, qui m’asséna : « Écoute-moi ben là, des habitants, on n’en veut pas dans l’industrie touristique, as-tu compris ? »


Les « habitants » ?
« Habitant » au Québec ça signifie paysan. Ça m’a donné l’idée d’aller voir le ministère de l’Agriculture où ils m’ont trouvé précurseur et m’ont embauché tout de suite pour faire des crêpes au sirop d’érable au Salon de l’agriculture au Stade olympique de Montréal. Un tabac ! Ma personnalité ayant sans doute séduit Nicole Labonté, elle convia soixante critiques gastronomiques américains à ma Cabane. Comme je venais d’ouvrir une boulangerie juste à côté, c’est avec des pains plein les bras que je les ai accueillis. Je me suis retrouvé en photo à la une d’une soixantaine de journaux américains, dont le New-York Times. Du coup, j’ai décidé que « l’habitant de
la cabane à sucre » allait montrer ça à Denis Gosselin. En arrivant, je l’ai entendu crier : « Je ne veux pas le voir ! » J’ai alors forcé sa porte et depuis nous sommes les meilleurs amis du monde !
                                                                                          Pierre Faucher et son fils, Stéphane.


Comment a évolué la Cabane ?
En 1981, j’ai décidé de l’agrandir. J’ai démonté de vieilles granges construites par les premiers colons et les ai remontées sur place. En plus de la boulangerie, j’ai ouvert le Magasin Général avec des produits de l’érable et des objets souvenirs. J’ai aussi déniché une vieille scierie de 1898 que j’ai reconstituée sur place et qui fonctionne toujours. Aujourd’hui, ma Cabane attire des milliers de visiteurs… Voilà l’histoire de la Cabane à sucre de Rigaud.
Pierre, philosophe des bois vêtu à l’ancienne, son fils Stephan et sa belle-fille Véronique y servent une cuisine
traditionnelle au son d’orchestres qui font swinguer l’assistance comme au bon vieux temps.







Pour en savoir plus:
SUCRERIE DE LA MONTAGNE
300, chemin Saint-Georges, Rigaud
+1 450 451 0831
Consulter la fiche Best of Québec
www.sucreriedelamontagne.com

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Cet article est retravaillé par Best of Québec à partir d’un extrait du livre « Québec au Cœur » de Bernard Personnaz et Jean-Pierre Doche.
Ce livre est disponible à la vente (25 €) à la librairie du Québec, 30 rue Gay Lussac 75005 Paris qui se charge de l’envoi en France pour 1 € de plus. / Tél : 01 43 54 49 02 / contactez  direction@librairiedduquebec.fr.
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