Le caribou migrateur

Le Nomade du grand nord

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Il est une icône de la Belle Province autant que du Canada, un maillon essentiel dans la chaîne d’une vie à nulle autre pareille. Le naturaliste et photographe Benjamin Dy a arpenté les vastes étendues vierges du Nord du Québec et l’a suivi dans son infatigable transhumance pour nous offrir un fabuleux récit : celui du caribou migrateur. Un animal qui n’a pas fini de nous surprendre…


UN MAILLON DE L'ÉCOLOGIE NORDIQUE DU QUÉBEC
Charismatique animal du Grand Nord, le caribou migrateur est central dans l’écologie nordique du Québec. Le Nunavik abrite en effet deux grandes hardes distinctes, la harde de la rivière George et la Harde de la rivière aux Feuilles. La première fréquente alternativement le nord du Québec et du Labrador, la seconde a élu domicile sur la péninsule d’Ungava et les territoires de la baie James. Ces deux immenses hardes connaissent de grandes fluctuations démographiques selon les époques. Ces 20 dernières années, au cours de certaines périodes d’extrême abondance au Nunavik, environ 1 caribou migrateur sur 5 dans le monde circumpolaire se trouvait dans le Nord québécois. Et pour cause, la population du Nunavik était alors estimée à plus d’un million d’individus ! Des hardes gigantesques !



UN IMPACT SUR LA NATURE ET SUR LES PEUPLES
Malgré l’apparence inébranlable de ces hardes, le caribou migrateur est resté extrêmement rare au Nunavik pendant plusieurs décennies au milieu du siècle dernier, après avoir connu une période de très forte croissance au début du siècle. Un cycle d’abondance et de rareté de l’espèce semble donc naturellement orchestré sur une période d’environ 60 ans dans l’espace nordique québécois. À titre d’exemple, après être montée à 800000 individus au début des années 1990, la harde de la rivière George ne compte aujourd’hui que quelques milliers de bêtes. Quant à la harde de la rivière aux Feuilles, elle dénombre encore actuellement environ 430000 animaux dans ses rangs. Avec un tel phénomène, on comprend pourquoi le caribou migrateur a marqué si profondément la culture des peuples inuit, cri, innu et naskapi, dont bon nombre des déplacements nomades étaient calqués sur ceux de l’espèce afin de profiter de cette manne alimentaire inestimable. On imagine aussi très bien l’impact de ces cycles d’abondance et de rareté sur la vie des peuples autochtones du Nord à travers les âges. La principale hypothèse qui explique aujourd’hui ces variations numériques très importantes de l’espèce concerne la raréfaction progressive de la ressource alimentaire dans l’aire estivale, autrement dit la toundra arctique, suite à la surexploitation du milieu lors du pic démographique. S’ensuivrait une détérioration progressive de l’état de santé des animaux menant au crash de la population.



RANGIFER TARANDUS AU QUÉBEC
Une seule espèce de caribou existe au Québec, Rangifer tarandus. Cependant, trois écotypes aux comportements très différents sont identifiables. Ainsi, le Québec abrite les écotypes montagnard, forestier et migrateur. Les deux premiers sont sédentaires et vivent en petits groupes contrairement au caribou migrateur, qui lui, vit en hardes très importantes et migre sur d’immenses distances. Les écotypes sédentaires du Québec sont en périls, principalement en raison d’une profonde mutation de leur habitat dû à l’exploitation forestière.


TOUJOURS EN MOUVEMENT
Avec une écologie basée sur le mouvement, il passe l’hiver dans la forêt nord boréale où il trouve abris et lichens terricoles dont il se nourrit sous la couverture forestière. En juin, les femelles seront de retour sur certains sites de la toundra arctique de l’extrême nord d’Ungava pour mettre bas, avec une grande fidélité géographique d’une année sur l’autre. Au cours de la période estivale, d’importants mouvements ont également lieu pour la recherche de nourriture, mais aussi pour fuir la menace des insectes piqueurs qui pullulent à cette période. Les petits, capables d’accompagner leur mère dans leurs déplacements estivaux 5 à 10 jours après leur naissance, deviennent rapidement autonomes et sont prêts pour la migration automnale dès la fin septembre. Au cours de cette incroyable odyssée, les mâles rentrent en rut et s’affrontent dans de violents combats pour établir leur harem. Il va de soi que ceux qui présentent la masse corporelle et la taille de panache les plus importantes sortent victorieux de ces rivalités et ont le succès reproducteur le plus important.



LE PLUS GRAND MARATHONIEN DU MONDE
Pour continuer de rendre toute l’aura de l’animal, le caribou migrateur du Québec arctique est le mammifère qui réalise la plus longue migration terrestre à la surface du globe. En effet, il réalise chaque année au cours de ses pérégrinations migratoires un marathon phénoménal de plus de 6000 kilomètres! Lors de la migration printanière et automnale, les deux plus importantes de l’année, les animaux peuvent parcourir jusqu’à 50 kilomètres par jour. Les hardes, à cette époque, peuvent compter plusieurs dizaines de milliers d’animaux et offrent ainsi dans l’espace nordique l’un des plus fascinants spectacles naturels. Cette immense transhumance qui emplit soudainement l’infini du Grand Nord dans un flux synchronisé et quasi religieux à travers la toundra, la taïga, les lacs et rivières, est une vision indescriptible, à la hauteur de la magie et de la démesure de ces étendues sauvages. La procession a gardé le caractère qu’elle pouvait avoir il y a des siècles tant la nature de ces contrées est restée à l’état brut. Avec une histoire naturelle aussi notoire, le caribou migrateur est en droit de revendiquer une place de choix dans le patrimoine naturel québécois et canadien – et sur les pièces de 25 sous, sur lesquelles il trône fièrement. Récemment, une coévolution migratrice de son principal prédateur, le loup gris, a été mise en évidence autour de la harde de la rivière aux Feuilles. Ainsi, nous savons aujourd’hui que les meutes de loups de l’extrême Nord québécois suivent également de très près les habitudes du grand migrateur. Et surprise, ils se déplacent encore plus vite à travers le territoire nordique…



OBSERVER LA MIGRATION DU CARIBOU
Partir à la rencontre du cervidé dans son milieu naturel, au coeur du Québec arctique, c’est possible. Des expéditions exclusives sont proposées par différents opérateurs au départ de Montréal, destination des paysages à couper le souffle entre rando et bivouac, aurores boréales et immersion dans l’incomparable culture inuit. À noter que d’autres forfaits d’observation de la faune du Nunavik sont également disponibles (ours polaire, boeuf musqué, loup…).


Biologie
• Nom scientifique : Rangifer tarandus
• Longueur : de 1,70 à 2,50 m
• Hauteur à l’épaule : de 1,04 à 1,40 mètres
• Longévité : de 8 à 15 ans
• Masse corporelle des adultes :
- de 90 à 120 kg pour les femelles
- de 120 à 200 kg pour les mâles
• Masse corporelle des jeunes à la naissance : environ 6 kg
• Caractéristiques distinctives : tant les femelles que les mâles portent des bois. Ceux des femelles sont cependant nettement plus petits.


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