L'eider à duvet

Les plumes de la renommée

Picture medium

Aedhar en islandais, edredone en italien, qui rappelle l’édredon fait de duvet de plumes, l’eider à duvet (Somateria mollissima) est un canard de mer typique des côtes maritimes nordiques et spécialement emblématique des côtes maritimes québécoises.

Le mâle est très bien caractérisé par une calotte noire sur la tête, une nuque et les côtés du cou vert olive ainsi que des joues très blanches.
Ses ailes sont noires et blanches et son plumage éclipse est presque entièrement noir. Un ventre, des flancs et une queue noirs, son dos blanc et sa poitrine légèrement rosée, finissent de lui accorder cette allure unique. La femelle est brune barrée de noir. Trois sous-espèces d’eiders sont présentes au Québec. Somateria mollissima borealis est coutumière des côtes du Labrador, du Nunavik et du Nunavut ; la seconde, Somateria mollissima sedentaria, fréquente tout le pourtour de la baie d’Hudson tandis que la troisième sous-espèce, Somateria mollissima dresseri, se rencontre sur tous les rivages maritimes du Saint- Laurent. Il n’est d’ailleurs par rare de pouvoir observer des groupes d’eider le long du littoral dans les petites anses abritées, où ils s’adonnent à leurs activités d’alimentation dans la zone intertidale. Excellent plongeur, il peut descendre jusqu’à 25 mètres de profondeur pour pêcher mollusques et crustacés.



TOUT UN SYMBOLE 

Au-delà de sa riche histoire avec les peuples autochtones du nord, qui se servent du duvet de la femelle pour confectionner des vêtements chauds, l’eider à duvet est devenu un symbole de la conservation des habitats insulaires au Québec. En effet, les femelles font leur nid sur les îles le long des côtes maritimes dans des densités parfois très importantes. Cette grégarité au cours de la période de nidification est unique à l’espèce.
À titre d’exemple, dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, la densité de nids sur certaines îles peut atteindre
1 500/ha !
Une des grandes spécificités de l’espèce réside dans sa stratégie d’élevage des jeunes organisée sous un principe de crèche qui regroupe des couvées distinctes. Ainsi, certaines femelles plus agressives et maternelles dirigent ces regroupements et s’assurent de leur cohésion protectrice pour les canetons face aux agressions des prédateurs comme le goéland marin (Larus marinus). Ce phénomène explique pourquoi il est possible d’observer au début de l’été, des dizaines de canetons en compagnie de seulement deux ou trois femelles.



REPRODUCTION, CONCENTRATION, PRÉDATION 

Au cours de la reproduction, l’eider à duvet, par son extrême attachement à son île de nidification et même à un secteur précis de cette dernière d’une année sur l’autre, assure sa pérennité dans un climat de vulnérabilité et de dépendance face à la conservation de ces îlots. Les petites îles apportent en effet un grand nombre de protections contre la prédation et le dérangement, mais elles ne sont pas à l’abri d’être colonisées par un prédateur tel que le renard roux par l’intermédiaire d’un pont de glace hivernal. Dans ce cas, les femelles qui s’y reproduisent seront incapables de coloniser un autre site et les nids seront victimes d’un très haut niveau de prédation. De plus, la grande concentration d’oiseaux rassemblée sur ces îles facilite la propagation de maladies et d’épizooties récurrentes. La voie maritime du Saint-Laurent est également très fréquentée par les pétroliers et le risque de déversement accidentel demeure réel et extrêmement problématique pour une espèce aussi grégaire. D’autre part, l’aquaculture ne cesse de prendre de l’expansion sur le littoral des provinces maritimes. Les maricultures par exemple, engendrent un conflit direct entre l’homme et l’eider.





CONSERVATION, GESTION, ÉDREDON !

Il y a quelques années, un plan de gestion de l’eider à duvet au Québec a été créé sous l’impulsion d’une initiative conjointe du service canadien de la faune, de la société de la faune et des parcs du Québec, de Canards Illimités Canada et de la Société Duvetnor. En terme démographique, l’objectif est d’accroître la population du Saint-Laurent des 32 000 couples inventoriés à 40 000 et celles de la Basse-Côte-Nord, de 10 000 couples à
20 000 en 15 ans. La conservation des sites insulaires de nidification est primordiale pour la pérennité de l’espèce. L’eider est le seul canard de mer à produire un dérivé de luxe d’une valeur marchande considérable : l’édredon. La récolte de duvet d’eider est autorisée pas le Service canadien de la faune en vertu de la loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs (1916). Ce duvet est considéré comme le nec plus ultra de tous les isolants naturels. Il est destiné aux marchés de luxe qui sont limités principalement à l’Europe (Allemagne, Danemark, Suisse, Autriche, France) et au Japon. Dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, deux permis de récoltes accordés à des organismes sans but lucratif permettent la récolte de 150 à 200 kg de duvet chaque année. Ainsi, la société Duvetnor réinvestit les revenus annuels nets de cette récolte (50000 à 100000 dollars) dans la protection des sites de nidification. Un exemple à suivre en termes de conservation.
                                                                                                           ©Michel Julien



Biologie

•Envergure: 80 à 108 cm
•Poids: 1200 è 2800 g
•Reproduction: mai, juin
•Nombre d'oeufs par nids: 3 à 5
•Suivie des jeunes jusqu'à l'envol: moins de 10%
•Durée de l'élevage (éclosion-envol): 70 à 80 jours
•Première reproduction: en moyenne 3 ans
•Durée de l'activité reproductrice des individus: jusqu'à 15 ans.



Autres articles qui pourraient vous intéresser:
Les îles du Bas-Saint-Laurent
Le caribou migrateur
Le Huard
Fragile roi des rivières, le saumon d'Atlantique
L'incroyable bestiaire du Nunavik
Le fou de bassan
Sauvage et accessible - Nature du Québec
Le Harfang des neiges
Aux couleurs de l'été indien
Parc national de Tursujuq au Nunavik
Le caribou de Gaspésie
L'eider à duvet
Le Faucon Pèlerin
La grande oie des neiges
L'orignal