Expo 67 - partie 1

Reflet d'un avenir rêvé

Picture medium

1967. Montréal accueille l’Exposition universelle et le Québec passe de l’ombre à la lumière sur la scène internationale. 50 ans plus tard, le journaliste Alain Voisot rembobine le film de ses souvenirs d’enfant pour nous en livrer un témoignage d’une désarmante fraîcheur.





1967-2017
2017 est l’année du souvenir de l’Expo 67. Mais pour ceux qui ont eu la chance de vivre cette expérience, il reste des impressions et des sensations ténues que l’on s’efforce de préserver du temps, comme des photos Kodachrome qu’on aimerait ne pas voir jaunir. L’ambiance générale était celle d’une époque calme et sûre. La guerre du Vietnam était encore lointaine et les moyens de communication bien plus lents. Entrer sur ce territoire figurait une sorte de passage vers un futur rêvé et sophistiqué, artificiel mais foisonnant. À bien des égards rassurant. Le survol, en quelques heures, d’une certaine vision du monde. Un apprentissage, d’une actualité brûlante : celui de la différence entre propagande, publicité et réalité.





EXPO 67 AURA LAISSÉ SUR LE QUÉBEC UNE EMPREINTE INDÉLÉBILE. IL Y A UN AVANT ET UN APRÈS


FRAGMENTS FRAGRANTS, FRAGMENTS SONORES
L’Expo était d’abord affaire d’odeurs, un alliage riche et complexe totalement inédit pour nous autres jeunes Québécois. Tous les jours, dès 11 heures, les effluves des cuisines du monde allaient en s’amplifiant. Chaque allée était chargée de senteurs chaudes et étranges qui se croisaient, se tressaient et partaient plus loin, portées par la brise remontant le fleuve, pour laisser place à d’autres arômes invisibles. La finesse d’épices et de grillades suggérait des bouquets inconnus. Une charge de hot-dogs bien familière venait couper le filet ténu d’un plat indéterminé arrivé d’un autre monde. Les odeurs de cuisine à proximité du Pavillon de l’Inde étaient sublimes et triomphaient sans effort des relents de hamburgers grillés « tous garnis ». Chaque pavillon avait lui aussi son essence et l’on en cherchait l’origine. Cela sentait le neuf, le propre… il y avait une géographie des odeurs allant de parfums de bois exotique à d’autres, plus chargés. Partout, elles se signalaient pour former un ensemble fascinant, magnétique et bien loin de l’ordinaire de notre quotidien. Et puis l’ambiance de cette exposition était aussi sonore.
Les bruits, la musique, la rumeur bourdonnante et monocorde de la métropole portée par la surface mouvante du fleuve. En écran de fond, le port de Montréal et le Vieux-Montréal, tous deux alors dans un état navrant. Bien plus tard, j’y retournerai. (Re)découverte d’un impeccable écrin, celui d’une histoire pourtant forte et brutale. Cette cité d’Amérique garde des stigmates qu’elle est parvenue à sublimer avec talent. Mais alors, la métropole et le fleuve se muaient en scènes d’où fusaient des notes de steel bands de Trinidad et Tobago, mêlées de fanfares et de jazz. Des jeux de sonorités métalliques brouillaient les hymnes et autres chants confus dans un fatras d’annonces et d’invitations… La voix du Québec commençait à monter et à se faire entendre.





Expo 67 en quelques chiffres
Ouverte durant six mois entre le 28 avril et le 27 octobre 1967, l’Expo 67 accueille 50 306 648 visiteurs, un chiffre jamais atteint pour une Exposition universelle depuis la grande exposition de 1900 à Paris. Pour accueillir le monde, Montréal double la superficie de l’île Sainte-Hélène et crée de toutes pièces l’île Notre-Dame en versant dans le fleuve Saint-Laurent 25 millions de tonnes de terre et de roc provenant principalement des chantiers du métro de la ville. 365 hectares sont aménagés sur les deux îles. Pas moins de 847 édifices sont érigés, dont 90 pavillons incluant ceux de 62 pays, les autres étant des pavillons thématiques et ceux des organisations internationales. Pour le transport rapide des visiteurs d’un secteur à l’autre, on aménage une petite ligne de chemin de fer de 5,75 kilomètres, l’Expo-Express. Un mini-rail permet de faire une balade aérienne à travers une grande partie du site. Pour finir, plus de 12 000 arbres sont plantés.



EXPO(LITIQUE): UNE RÉVOLUTION TRANQUILLE
L’arrivée au pouvoir de Jean Lesage en 1960 marque un virage radical. La nationalisation de l’ensemble des sociétés privées de production et de distribution d’électricité et la fondation d’Hydro Québec par un certain René Lévesque, ministre des Richesses naturelles, amorce une transfiguration totale du pays. Le Québec devient maître chez lui et jette aux poubelles de l’histoire tous les complices des compromissions « réalistes ». C’est à la fois une révolution politique et culturelle « tranquille ». Ce sera le point de départ d’une promesse qui allait mobiliser les Québécois durant environ trente ans. Expo 67 aura laissé sur le Québec une empreinte indélébile. Pour les générations qui ont connu cet évènement, il y a un avant et un après. 1967 marque le sommet de l’après-Seconde Guerre mondiale qui aura donné 22 ans de changements dynamiques, voulus, attendus, espérés par une génération pour laquelle, de toute façon, on ne pouvait pas tomber plus bas. De ce point de vue, les organisateurs de l’événement avaient tous vécu, connu, de près ou de loin cette période sombre. Cette Exposition universelle signe l’aboutissement d’une époque accomplie, les fameuses « golden sixties ». Celle d’une Amérique que beaucoup regrettent aujourd’hui avec nostalgie, au point de nourrir ici et là une certaine démagogie. À cette époque, les mentalités et l’enthousiasme ne tenaient pas compte des limites du réel. Rien n’est parfait, mais il faut garder l’avenir pour vision. Et quel avenir ?




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