Des canots et des glaces

Les dompteurs du Saint-Laurent

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« La course est un défi au fleuve. Tu te mesures bien sûr aux autres équipes, mais c’est le Saint-Laurent qu’il faut vaincre. » François Lachance, un ancien champion, résume ainsi toute la philosophie de cette épreuve sportive pas comme les autres. Lorsqu’arrive l’hiver, l’eau qui coule sous les remparts de la ville de Québec se transforme en un immense tapis roulant composé d’énormes blocs de glace et devient le théâtre de l’événement phare des festivités du Carnaval de Québec : la course en canot du Saint-Laurent. En s’approchant du bord, on entend le bruit de ces glaces qui craquent, s’entrechoquent, éclatent parfois sous les énormes poussées qui les animent et cela a de quoi faire frémir. La bête qui gronde paraît incontrôlable, indomptable. Mais, depuis leur arrivée sur ces terres hostiles, il y a quatre siècles, les Québécois adorent relever les défis. Celui-ci était de taille.



HOMMAGE AUX CANOTIERS POSTIERS

Les concurrents de la course d’aujourd’hui sont les dignes descendants des canotiers postiers qui, en l’absence de pont ou de brise-glace, acheminaient le courrier entre les villes de Québec et Lévis, chacune d’un côté du fleuve. Un travail difficile pour lequel ces hommes courageux n’hésitaient pas à risquer leur vie pour le bien-être de la communauté. Ils organisaient chaque année une compétition pour désigner l’équipe la plus rapide. Les vainqueurs devenaient des héros, célèbres dans toute la province. Il fallut attendre la renaissance du Carnaval de Québec en février 1955 pour faire revivre cet événement. Au fil des décennies, la compétition a évolué. La motivation, l’entraînement intensif des équipes et l’arrivée de nouvelles technologies en ont fait un sport à part entière. La course de Québec fait d’ailleurs maintenant partie du Circuit québécois de canot à glace qui compte six épreuves en divers lieux du fleuve.



QUATRE RAMEURS ET UN BARREUR

Les équipes ont depuis longtemps abandonné les canots en bois longs de cinq à six mètres et pesant près de 200 kg pour des embarcations au faîte de la technologie composées de fibre de verre, d’époxy (un polymère) et de fibre de carbone. Toujours plus légers, les canots en devenaient même dangereux et on a dû leur imposer un poids minimum de 120 kg (pour les équipes masculines) et 110 kg (pour les équipes féminines) afin de préserver l’esprit et la sécurité de la compétition. Un équipage est composé de quatre rameurs et d’un barreur. Ce dernier dirige le canot lorsqu’il est à l’eau libre. Sur la glace, tous les membres de l’équipe doivent travailler à faire avancer l’embarcation, soit en courant à côté, soit en poussant avec seulement une jambe à l’extérieur du canot (en trottinette). Le capitaine des glaces (souvent un canotier à l’avant du canot) doit trouver la bonne « ligne », le chemin le plus efficace pour se rendre au point de toucher, car il faut tenir compte non seulement des obstacles, mais aussi du courant ou des effets de la marée. Les meilleures équipes de la classe « élite » qui doit parcourir par deux fois un triangle long d’environ 4 à 6 kilomètres bouclent la course en moins d’une heure. Tout un exploit pour les dompteurs du Saint- Laurent.

Leur prochain défi: 5 février 2017.

www.carnaval.qc.ca

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