Chisasibi

Escale en Territoire Cri

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Chisasibi, « capitale » du peuple cri, avec ses 4 000 habitants, mérite un détour lorsqu’on est dans la région de Radisson, à l’extrémité nord de la route de la Baie-James.

Malgré l’entrée des Autochtones dans la « modernité » à l’occidentale et le fait que nombre d’entre eux travaillent maintenant dans les industries minière et forestière de la région, la culture crie est bien vivace. Elle se manifeste bien sûr par la langue (le cri, l’anglais étant utilisé comme langue véhiculaire) mais aussi par de nombreux éléments de spiritualité propre aux autochtones nord-américains.
Ceci donne un joyeux mélange où les énormes pick-ups côtoient des huttes à sudation et où des tipis poussent en arrière de maisons fraîchement bâties.
Tout cela a de quoi surprendre quand on entre à Chisasibi, 84 km après avoir quitté la route de la Baie-James un peu au nord de l’aéroport de La Grande Rivière.


MODERNITÉ DANS LE GRAND NORD
Lorsque le gouvernement québécois a voulu exploiter les ressources naturelles du Nord du Québec, il a dû négocier avec les Autochtones qui vivaient sur ce territoire ; ceux-ci ont su tirer leur épingle du jeu et ont obtenu davantage d’autonomie, une protection des activités traditionnelles de pêche, de chasse et de piégeage, et une indemnisation conséquente. Les Cris possèdent aujourd’hui une compagnie aérienne (Air Creebec), une compagnie de transport, des hôpitaux et une commission scolaire afin de gérer leur système éducatif. De nouveaux quartiers sortent de terre afin d’absorber l’explosion démographique de la petite ville, dont 50 % de la population a moins de 24 ans. L’école primaire, le palais de justice et le poste de police sont flambant neufs, de
même que le centre culturel, en plein montage d’une salle d’exposition sur la culture crie. Le village lui-même ne date que du début des années 1980. Avant, les Cris des environs vivaient sur l’île de Fort George, 8 km plus à l’ouest. À l’approche de la mise en service des barrages hydroélectriques situés en amont sur la Grande Rivière, les habitants de Fort George ont eu peur que la montée du niveau des eaux (plusieurs cours d’eau ont été dérivés pour produire davantage d’hydroélectricité, augmentant le débit à l’aval) cause l’érosion de l’île, dont le sol est en grande partie formé de sable et d’argile. Le déménagement de la communauté a été approuvé par référendum pour donner naissance à Chisasibi, « la grande rivière » en cri.


FORT GEORGE, L’ÎLE ABANDONNÉE
Pourtant, trente ans plus tard, l’île de Fort George, que l’on atteint en prenant un minuscule traversier, est toujours bel et bien là… Et c’est tant mieux, car il s’agit d’un lieu envoûtant où le temps semble s’être figé. De vieilles maisons en bois tombent en ruine, d’autres sont utilisées comme résidences secondaires par des familles de Chisasibi. Une église est encore debout, à côté de laquelle un vieux cimetière aux allures mystiques se noie sous une végétation qui prend pourtant tout son temps pour pousser sous ces latitudes. Il suffit de se baisser pour
ramasser canneberges et bleuets sur le bord des chemins de sable ; au détour de l’un d’entre eux apparaît un vieux bateau rouillé mais en parfait état qu’on ne sait quelle force céleste a déposé au beau milieu de l’île… Il y a décidément une aura de mystère qui entoure Fort George. L’histoire du peuple cri semble s’y effacer à mesure que passent les années. Il ne reste plus qu’un bâtiment (même pas identifié) de l’ancien poste de traite de la baie d’Hudson, installé là pour le commerce des fourrures au début du XIXe siècle et qui a amené la création du village, dans des temps lointains où cet emplacement était stratégique. Cependant, dans cette communauté où la tradition orale a toujours pris le pas sur le reste, Fort George continue de vivre, grâce au Mamoweedow, grande fête estivale au cours de laquelle tous les Cris se rassemblent pendant plusieurs jours sur la terre qu’ont foulée leurs ancêtres.


Lire l'article de blog Carnet de Voyage - "Sur la route de la Baie-James"