Aurores boréales

Les cadeaux du ciel

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Gilles Boutin n’est pas un chasseur d’aurores boréales, il est « LE » chasseur d’aurores boréales. Intacte depuis plus de 10 ans, sa fascination pour le phénomène l’a rapidement conduit à découvrir le Nunavik. Et à se passionner tout autant pour le Grand Nord québécois que pour ces lumières polaires qui ensorcellent ses nuits. Rencontre.

Nous retrouvons Gilles Boutin un soir de septembre dans un restaurant de sa ville de Lévis. Il est venu avec une documentation copieuse sur les aurores boréales, l’un de ses livres sur le sujet, une mémoire remplie d’anecdotes nordiques et, surtout, des lueurs dans les yeux quand il évoque son inlassable traque aux orages magnétiques et le lien qu’il a tissé avec le Nunavik, terrain par excellence de ses chasses nocturnes.

 Cette passion le magnétise depuis l’année 2002. Alors qu’il renouait avec ses vieilles amours pour la photo, en particulier la photo de nuit, un autre passionné a un jour prononcé devant lui les mots « aurores boréales ». C’en était joué. « Je me suis mis à rêver immédiatement. Quelques jours plus tard, Dominic Cantin [l’ami en question, NDLR], m’a appelé pour me signaler une alerte d’aurore boréale; je me suis rendu à Saint-Michel, un coin idéal pour sa vision sombre vers le nord au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Effectivement, des lumières mystérieuses se sont présentées... Ma toute première expérience. 
Fantastique!

MESSAGERS SOLAIRES
Pas nécessaire, donc, de se rendre chez les Inuit pour observer l’envoûtant ballet nocturne ? Gilles confirme en nous montrant des clichés réalisés à proximité de Québec et même de Montréal. « On peut observer des aurores polaires pratiquement dans tout le Québec si les conditions météo sont réunies et pour peu qu’on ait un bon poste d’observation à l’abri de la pollution lumineuse des villes. » Encore faut-il que les belles soient au rendez-vous. Aux aguets comme chaque soir ou presque, prêt à lever le camp pour nous montrer in situ, Gilles scrute l’écran de son téléphone où plusieurs sites météo et spatiaux lui donnent en temps réel des nouvelles du ciel et des éruptions solaires. « La pleine une et les nuages : mes deux principaux ennemis! » Ce ne sera donc pas pour ce soir, mais plus sûrement dans 3 ou 4 jours... Le bandit de nuit (c’est le nom de son site Internet) et policier le jour (c’est son métier !) nous explique alors par le menu la formation des aurores polaires, intimement liée à l’activité et aux cycles du soleil. Dans ses livres comme dans les nombreuses conférences qu’il donne à travers le Québec, ce chasseur d’images prend toujours soin d’apporter un éclairage scientifique très détaillé sur sa proie.

Gilles Boutin et ses deux objectifs 
pointés vers leur proie.
© Sylvain Serré
Aurore sur le refuge, dans le parc national
des Pingualuit.
© Gilles Boutin/Tourisme Nunavik



LE NUNAVIK, UNE RÉVÉLATION
Conscient d’avoir la chance de faire rêver tout en assouvissant sa passion, Gilles doit aussi à « ses aurores » de lui avoir présenté le Nunavik et ses habitants. En octobre 2006, il fait un premier voyage pour la commission scolaire du Kativik et donne des conférences dans des écoles inuits de Salluit. Puis Kuujjuaq et Salluit les années suivantes. Puis, en 2010, le parc national des Pingualuit et son phénoménal cratère... En décembre prochain, ce sera sa seizième expédition dans le Grand Nord. Là-bas, il intervient dans les écoles, anime des ateliers et se livre bien sûr à de somptueuses chasses aux Arsaniit, les aurores boréales dans la langue Inuktitut. Mais par-dessus tout, il continue à tisser des liens avec un territoire et un peuple qui le subjuguent à chaque fois. Et qu’il met à l’honneur dans son tout dernier livre, À la découverte du Nunavik. Car c’est bien un double cadeau que le ciel a fait au bandit de Lévis: les aurores polaires et le sourire des Inuit.
                                                                                                       © Gilles Boutin


COMMENT NAÎT LA MAGIE
«Les aurores polaires apparaissent alors que le vent solaire entre en collision avec les molécules de l’air de l’atmosphère terrestre, explique Gilles Boutin. Les particules solaires heurtent les atomes d’oxygène et d’azote de l’ionosphère, lesquelles deviennent lumineuses. » Tout en dessinant sur un coin de nappe une forme ovale doublée d’un deuxième cercle, il poursuit: « Cette zone d’ovale auroral représente les endroits sur la Terre où les aurores se produisent le plus souvent, les pôles magnétiques du Nord et du Sud agissant comme des aimants sur les particules du soleil.» Variant de 500 à 1000km de largeur, cette «bande magique» recouvre chaque nuit l’Alaska, le nord de la Scandinavie et le Nunavik.

                                                                              © Gilles Boutin



Plus d'infos:
http://www.banditdenuit.com/accueil.html
http://www.auroresboreales.com/portfolio/gilles-boutin/

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